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Cedeao, de la nécessaire évolution de l’économique, du sécuritaire vers le politique par Abdoul Aziz THIAM

Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest De la nécessaire évolution de l’économique et du sécuritaire vers le politique En ce jour béni du 28 mai 1975, les chefs d’Etat de l’Afrique de l’ouest, ont eu l’idée, ô combien généreuse et pleine d’espérance, de porter sur les fonts baptismaux la Communauté Economique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO). Par cet acte ils ont, assurément, pris date avec les générations futures, voire avec l’Histoire. L’objectif initial était principalement la (...)


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Par : Abdoul Aziz THIAM , mercredi 9 juillet 2008



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Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest


De la nécessaire évolution de l’économique et du sécuritaire vers le politique


En ce jour béni du 28 mai 1975, les chefs d’Etat de l’Afrique de l’ouest, ont eu l’idée, ô combien généreuse et pleine d’espérance, de porter sur les fonts baptismaux la Communauté Economique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Par cet acte ils ont, assurément, pris date avec les générations futures, voire avec l’Histoire. L’objectif initial était principalement la promotion de la coopération et de l’intégration, avec comme finalité la création d’une union économique et monétaire, capable d’impulser le développement des pays membres par une intensification des échanges commerciaux et une harmonisation des différentes politiques économiques. En effet, dans un monde dominé par les grands ensembles, où les petites entités n’avaient aucune viabilité économique assurée à terme, l’idée ne manquait pas de pertinence. Elle pouvait séduire les populations de nos Etats, qui d’ailleurs n’ont pas attendu les politiques pour « s’intégrer ». Il est vrai que le colonisateur, dans son tracé des frontières, n’a pas tenu compte des peuples qui pouvaient être à cheval entre deux « Etats », ce qui finalement, a été un puissant facteur d’intégration et d’échanges. Cependant, même si l’idée de base était de créer une entité purement économique, nos dirigeants ont vite perçu la relation qu’il y avait entre développement et sécurité. En effet, aucune stratégie de développement ne saurait prospérer si certaines conditions ne sont pas réunies et parmi celles-ci, il y a incontestablement la paix et la sécurité. C’est du reste, ce que la CEDEAO a très tôt compris, et s’est attelée à promouvoir le maintien de la paix et de la sécurité, d’autant plus qu’il existait ça et là de petits foyers de tension entre certains Etats membres, qu’il fallait éteindre et prévenir ceux qui pourraient éventuellement survenir. Aussi, c’est tout heureusement qu’elle adoptât dès 1978, un Protocole de non agression entre ses membres, suivi en 1981 d’un Protocole d’assistance en matière de défense. Une déclaration des principes politiques viendra les compléter en juillet 1991. Mais ce n’est qu’en 1999, que la CEDEAO formalise la force qui avait été mise en place pour superviser les guerres civiles au Libéria, en Sierra Léone et en Guinée Bissau ; celle-ci deviendra une force de sécurité appelée « ECOMOG ». Ses missions essentielles sont l’observation et la supervision des cessez-le-feu, le maintien de la paix, l’intervention humanitaire, le déploiement préventif, la construction de la paix, le désarmement et la démobilisation. Cependant pour être efficace, une telle structure doit être soutenue par une volonté politique forte, dotée de ressources humaines et de moyens matériels et logistiques appropriés. Malheureusement, nos Etats peinent à mettre leurs propres forces de sécurité et de défense dans les meilleures dispositions dans le cadre de l’accomplissement de leurs missions. On peut, dès lors se poser, raisonnablement, la question de la viabilité de l’ECOMOG. Heureusement, les possibilités qu’offre la coopération multilatérale avec l’UE et les Nations Unies et bilatérale avec notamment la France, la Grande Bretagne et les Etats-Unis, laissent entrevoir des perspectives d’assistance et de soutien aux opérations de déploiement de l’ECOMOG. C’est dans ce cadre qu’il faut, saluer l’initiative de la naissance du projet « ReCAMP ». (1) Il est établi que nos gouvernants sont jaloux de leur souveraineté nationale pour accepter que des institutions supra nationales viennent interférer dans la gestion leur pays. Cependant, ils ont l’obligation de renoncer à une partie de cette souveraineté, car la CEDEAO, au-delà de ses missions économique et sécuritaire, a aussi une mission politique. C’est celle d’amener les Etats membres à se conformer aux normes et standards internationalement reconnus en matière de démocratie, de bonne gouvernance, de respect des droits de l’homme et de l’Etat de droit. C’est donc dire que, la CEDEAO ne doit pas occulter la dimension politique de sa mission, d’autant plus que l’on observe depuis quelques temps, après « le printemps de la démocratisation », suite au discours de la Baule, à une remise en cause de tous les acquis démocratiques dans la plupart des Etats membres. Elle a le devoir, donc, de dépasser les missions d’observation très superficielle des élections, les recommandations souvent peu suivies d’effets, les médiations entre adversaires politiques sans lendemain et amener plutôt les gouvernants

(1) ReCAMP : Renforcement des capacités africaines au maintien de la paix par des traités et conventions à respecter les normes qui appartiennent au patrimoine commun de l’humanité et partant, à les intégrer dans leurs constitutions respectives. C’est un des préalables de notre développement pour ne pas être marginalisé à l’heure de la mondialisation. Notre continent est déjà « mal parti » pour reprendre la célèbre formule de René DUMOND. Dans ce souci, elle doit tenter d’harmoniser un certain nombre de textes constitutionnels, législatifs et réglementaires et faire en sorte qu’ils s’imposent obligatoirement à tout membre de la communauté sous peine de sanctions modulables pouvant aller jusqu’au boycott voire l’exclusion. Aussi, la constitution des Etats, l’organisation des élections, la bonne gouvernance, la protection de la liberté de la presse et celle de la société civile devront-elles, particulièrement, retenir l’attention de la CEDEAO. a) les Institutions Chaque peuple a son histoire propre, qui est le fruit d’un long processus qui a abouti à la création de l’espace géographique qui constitue aujourd’hui son Etat. Il est, dès lors évident que la constitution qu’il va se donner doit épouser son vécu. Cependant, il est des principes universels qui sont communs à toute l’humanité en ce qu’ils transcendent les peuples, les nations et les continents. On peut en citer parmi tant d’autres, la liberté d’aller et de venir, la liberté de choisir et de congédier librement ses dirigeants, le droit à l’information, la liberté d’association et de réunion, la garantie du respect de l’intégrité physique et morale de la personne humaine, etc. En tenant compte de l’histoire de chaque Etat membre et surtout de la frilosité de beaucoup de nos dirigeants, la CEDEAO doit faire accepter et institutionnaliser un certain nombre de principes qui sont, à l’évidence incontournables :
- l’adoption de constitution démocratique ;
- la séparation effective des pouvoirs ;
- la stabilisation des institutions ;
- le référendum comme mode de tout changement constitutionnel après consultation obligatoire de tous les acteurs politiques et de la société civile ;
- les garanties constitutionnelles de respect des droits de l’opposition, des minorités ethniques et religieuses ;
- la concertation et la recherche du consensus entre tous les acteurs politiques autour des choix d’intérêt national ; b) les élections Les élections constituent un moment fort de la vie d’un peuple, moment où il est appelé à choisir librement ses dirigeants, chargés de mener ses destinées pendant un mandat déterminé. Cependant, on observe que la manière dont elles sont organisées, n’obéit à aucune règle de transparence, d’équité et de régularité et très souvent, tout est fait pour que le pouvoir en place les remporte et dans la plupart des cas, dès le premier tour pour éviter le report des voix sur le candidat de l’opposition le mieux placé. Compte tenu donc de l’importance des élections, les populations doivent être mises dans des conditions optimales leur permettant de comprendre les programmes des candidats, de mieux percevoir les enjeux en cours pour donner à leur vote un sens citoyen. Aussi, dans la mesure où tous les Etats membres ont adopté la forme républicaine et laïque de l’Etat, la CEDEAO doit exiger, pour la validation de toute consultation électorale, les conditions ci-après : - les élections démocratiques devront être la seule voie d’accéder au pouvoir, élections auxquelles peut postuler sur la base de chance égale, tout citoyen qui remplit les conditions requises ; - les élections devront être régulières, libres et transparentes ; - les élections seront organisées et supervisées par une structure neutre dotée de ressources humaines et de moyens matériels et logistiques conséquents et acceptée par tous les acteurs politiques ; - enfin, les élections seront observées par la CEDEAO qui doit être partie prenante à toutes les étapes du processus (avant, pendant et après les élections). Il est incontestable que le respect de ces critères sera un gage de bonne gouvernance. c) Bonne gouvernance Nous constatons, avec impuissance, dans la plupart des Etats membres, une gestion patrimoniale de l’Etat où la classe dirigeante et ses affidés, s’arrogent tous les droits au détriment d’une population, vivant hélas, en dessous du seuil de pauvreté. Les réalisations qu’ils entreprennent, tiennent plus du « tape-à-l’œil » que des besoins réels des populations. Les maigres ressources, souvent, tirées de l’aide internationale, ne sont pas utilisées de manière judicieuse pendant que le fardeau de la dette est réparti de manière inéquitable entre les différents segments de la population ; la plus grande partie étant supportée par les populations les plus démunies. D’où l’urgente nécessité pour la CEDEAO d’investir le champ de la bonne gouvernance afin d’amener les dirigeants à faire preuve de plus de responsabilité dans la gestion des affaires de la Cité s’ils ne veulent être les cibles privilégiées d’une presse qui se veut de plus en plus libre et objective et d’une société civile critique. d) les médias et la société civile C’est connu, les pouvoirs en Afrique ont tendance à vouloir contrôler et verrouiller l’information, qu’elle soit sensible ou non et cela au nom de prétextes souvent fallacieux et ridicules. Des textes liberticides et répressifs sont votés au Parlement constitué de majorités mécaniques peu soucieuses des préoccupations des populations. Au nom de ces textes, on arrête, on torture, si on ne fait pas carrément disparaître des hommes ayant simplement eu le courage d’exprimer un avis contraire à la pensée unique. Malgré ces obstacles à la liberté de presse, pour ne dire à la liberté tout court, des journalistes pétris de dignité, de courage et d’honneur, travaillant aussi bien dans les médias privés que publics, continuent de faire de leur mission d’informer « juste et vrai » leur sacerdoce, à côté des membres de la société civile qui ne cessent de dénoncer les attaques à la démocratie et les violations des droits de l’homme. Ces hommes et ces femmes qui sont régulièrement dans « le viseur » du pouvoir, méritent de la part de la CEDEAO, protection afin qu’ils puissent continuer à faire honnêtement le travail qu’ils ont librement choisi d’exercer, et cela, dans le cadre des lois et règlements en vigueur. La CEDEAO est aujourd’hui à la croisée des chemins dans un monde en perpétuelle mutation, où les certitudes d’hier ne sont pas forcement celles du lendemain. Il lui faut donc inéluctablement s’inventer un avenir ou disparaître. L’intégration de la dimension politique participant à ce nouvel état d’esprit doit être au cœur de ses missions par l’instauration dans tous les Etats membres, d’un Etat de droit respectueux des droits de l’homme, l’homme devant demeurer au centre de toutes ses préoccupations. Pour réussir cette mission, la CEDEAO peut compter sur des hommes et des femmes de valeur dont la seule ambition est de voir nos Etats sortir de leur situation de sous développement. Notre Communauté en regorge. Mais, ils sont souvent marginalisés, simplement parce qu’ils ne sont pas du côté du pouvoir. Certains parmi eux n’ont pas hésité à s’exiler pour faire éclore leur talent ailleurs. Ils constituent la Diaspora. Le moment est venu pour tous ces hommes et ces femmes de se lever pour exiger de nos dirigeants cette nécessaire évolution de la CEDEAO, ce formidable outil d’intégration économique. Dans cette perspective, le rôle du Nigeria sera sans aucun doute, capital. Son poids démographique et économique, sa contribution au budget de fonctionnement de la CEDEAO, le fait qu’il abrite le siège, le désigne tout naturellement, à jouer le rôle de précurseur et surtout de « gardien du temple ».

Abdoul Aziz THIAM Email : zizmalick@yahoo.fr V- Annexe La CEDEAO est composée de 8 institutions principales : - La Conférence des Chefs d’États et du gouvernement - Le Conseil des ministres - Le Parlement de la Communauté - Le Conseil économique et social - La Cour de justice de la Communauté - La Commission - La Banque d’investissement et de développement de la CEDEAO - L’Organisation Ouest-Africaine de la santé Les états membres de la CEDEAO sont : Bénin, Burkina, Cap-Vert, Côte d’Ivoire, Gambie, Ghana, Guinée Guinée-Bissau, Libéria, Mali, Niger, Nigeria, Sénégal, Sierra Leone, Togo

NB : tous les membres de la CEDEAO ont adhéré à la création de l’organisation en 1975, excepté le Cap-Vert, qui a rejoint en 1976.



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