source :dakarblog.info
« Tout est une question de chance. Si tu dois mourir en mer c’est Dieu qui l’aura voulu. En restant ici, tu vas de toute façon mourir. »
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Ici c’est dur, là-bas c’est plus facile. Voilà la « vérité » de Mass Ndiaye, jeune Sénégalais de 25 ans, qui a tenté à trois reprises de braver la mer pour se rendre en Europe. Tous les discours et toutes les politiques ne changeront rien à sa volonté de partir « là-bas ».
Les maisons construites dans sa région natale de Diourbel par ses amis d’enfance ou les transferts d’argent que ces derniers envoient à leurs familles parlent mieux que tout. « Je suis tellement fatigué. Je travaille depuis près de 10 ans, mais je n’ai rien, pas de maison, pas de compte en banque. Je travaille de 8 à 19 heures. C’est trop ! Mais je ne gagne pas suffisamment d’argent pour tous ces sacrifices. C’est pourquoi je souhaite partir. J’ai des amis qui sont partis et ont amélioré les conditions de vie de toute leur famille. Là-bas j’aurai plus de possibilités, même si je travaille aussi dur qu’ici, même si je deviens balayeur de rues, ce qui est sûr c’est que je serai mieux payé. »
Dans un contexte économique déjà difficile, les jeunes utilisent parfois toutes leurs économies pour se faire embarquer dans des pirogues. C’est mieux, selon Mass. « Si tu veux passer par la voie légale, tu peux dépenser plus de 3 millions cfa (4600 euros) parce que c’est difficile d’obtenir les visas pour l’Europe. Par la mer, tu peux dépenser 500 ou 600’000 cfa,
is moins. Moi ça m’a coûté 400’000 francs » (610 euros). Une somme qu’il a épargné pendant presque deux ans, engloutie dans la mer.
Ni les dangers de la mer, ni les histoires de personnes mortes et jetées à la mer racontées par certains rescapés, ni ses maigres économies perdues n’ont fait fléchir la volonté de Mass. Il croit que tout est une question de chance, de destin : « Je sais qu’il y a des risques en mer, mais ça ne veut pas dire que je vais mourir. Je ne vois pas que je mets ma vie en danger. Ce qui m’importe c’est d’arriver à destination et avoir de meilleures conditions de vie. La vie dépend de Dieu. Même si je reste ici je peux toujours mourir en travaillant. Tout est une question de chance. C’est Dieu qui décide. Il y a des personnes qui sont mortes en mer. Mais il y a des milliers de personnes qui ont réussi à arriver en Europe, je pense que c’est Dieu qui leur a donné cette chance. »
Quand la dureté de la vie s’ajoute aux croyances, il faut plus que des politiques de luttes contre l’émigration ou les discours à n’en plus finir de politiciens, qui sont à l’opposé des réalités de ces jeunes. La preuve, ils sont toujours aussi nombreux à vouloir partir en Europe. Tout ce « folklore », n’affecte pas la volonté de Mass : « toutes les
politiques mises en place sont là juste pour nous décourager, mais elles n’améliorent pas nos vies. Donc, si aujourd’hui j’ai l’occasion de partir là-bas, j’irai. Car ici, ça devient de plus en plus dur. Nous les jeunes, nous sommes fatigués de la vie. Nous travaillons beaucoup, mais nous ne gagnons rien. C’est trop. »
Alors vous, les responsables politiques, au lieu de vous cantonner dans les assemblées à prendre des décisions qui resteront à l’état décisionnel, agissez avant que d’autres jeunes se transforment en « Mass ».
Nancy Onanga
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