DAKAR (AFP) — Plusieurs centaines de personnes ont participé samedi à Dakar à une marche, à l’appel de syndicats de la presse notamment, pour "réclamer justice" à l’égard de policiers ayant battu deux journalistes, dont l’un est toujours hospitalisé, après un match de football le 21 juin.
La manifestation à laquelle ont pris part des journalistes, des hommes politiques de l’opposition et du pouvoir, des membres de la société civile et des intellectuels, s’est déroulée près du centre ville de Dakar, sur une distance de quelque 3 km.
"Nous réclamons justice", "Le monstre est toujours là", "policiers = tortionnaires" sont quelques unes des inscriptions sur des banderoles et panneaux portés par les manifestants — estimés à 2000 par les organisateurs et à 500 par la police — qui ont scandé des slogans pour la liberté de la presse.
La marche a été organisée par le Comité pour la défense et la protection des journalistes, regroupant notamment des syndicats et des éditeurs de presse, mis en place après "le tabassage" samedi 21 juin de deux journalistes sportifs par des policiers lors d’un match de football international.
Les journalistes Boubacar Kambel Dieng de Radio futurs médias (RFM, privée) et Karamoko Thioune de West Africa democracy radio (WADR, privée) ont été violemment frappés par des policiers à la fin du match Sénégal-Liberia (3-1) à Dakar alors qu’ils attendaient les joueurs pour des interviews.
M. Dieng est depuis une semaine hospitalisé dans une clinique de Dakar après avoir été "menotté",
t battu" et avoir reçu des coups de "matraque électrique" de policiers selon RFM.
Karamoko Thioune, qui avait quitté l’hôpital quelques heures après cet incident, avait indiqué à l’AFP avoir reçu des coups "à la poitrine et sur la tête".
"Nous avons marché pour protester contre toute forme d’impunité et d’atteinte aux lois et règlements", a déclaré à la fin de la manifestation, Yakham Mbaye, porte-parole du Comité.
L’agression contre MM. Dieng et Thioune "est indigne de ce pays" et "ternit la réputation de démocratie que revendique" le Sénégal où plusieurs violences contre des journalistes ont été observées ces derniers mois, a ajouté Yakham Mbaye.
Une délégation de cinq personnes a ensuite remis un mémorandum au ministre sénégalais de l’information, Abdou Aziz Sow, à la fin de la manifestation, qui, encadrée par la police, s’est déroulée sans incident.
Le ministère sénégalais de l’Intérieur a annoncé, dans un communiqué parvenu samedi à l’AFP, la mutation dans d’autres services de policiers "reconnus coupables de manquements", lors de l’incident du 21 juin, "en attendant la fin de l’enquête en cours".
Le nombre et l’identité de ces policiers n’ont pas été précisés.
Samedi, plusieurs journaux, radios et sites d’informations sénégalais ont publié un éditorial commun, "Debout frères", dans lequel ils estiment que "les délits
apparemment commis" par les journalistes agressés "ne sont que des actes de bravoure démocratique dans un pays (le Sénégal) où le droit d’informer devient de plus en plus dangereux".
"Ce n’est pas en s’inscrivant dans une logique de diabolisation des acteurs du secteur des médias" que les contempteurs des journalistes "arriveront à imposer leur mode de domestication de l’information, d’uniformisation de la pensée",
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