Source :walf.sn
Depuis quelques années, la prostitution clandestine a pris des proportions inquiétantes dans le Fouladou. Des mineures, généralement des écolières, s’adonnent au commerce du sexe dans les marchés hebdomadaires et grandes villes pour s’équiper et aider leurs parents. Les jeunes filles divorcées grossissent les rangs et ‘légalisant ‘ ces pratiques en recevant les hommes dans leurs chambres. Le plus grave, ce sont ces ‘Dioulas mousso’ venues de la sous-région ouest-africaine qui vont de louma en louma vendre leur chair pour augmenter ainsi leurs revenus ou pour nourrir leurs familles. C’est ce que les jeunes de Diaobé ne cessent de dénoncer.
D’une prostituée à l’autre : Un seul métier, plusieurs motivations Si la pratique du plus vieux métier est partagée, il reste que les desseins sont divers. Pendant que certaines filles s’y adonnent pour des questions de survie, d’autres le font pour s’habiller comme tout le monde et accéder au luxe.
La prostitution clandestine est devenue un moyen de subsistance pour les filles mineures du Fouladou. Depuis quelques années, il a été constaté une intensification de la pratique du plus vieux métier dans cette partie sud du Sénégal. Et l’activité se mène particulièrement dans les marchés hebdomadaires et surtout lors des grandes cérémonies comme les mariages, réceptions et autres séances de lutte. A. Kandé de Ndorna tente une ébauche d’explication quant à l’ampleur de ce phénomène. ‘Les mineures font face à d’énormes difficultés liées à la pauvreté de leurs
qui ne peuvent plus satisfaire leurs besoins. Leur avenir étant compromis, n’ayant aucun espoir de travail, elles versent facilement dans la prostitution clandestine’, fait-il noter. Agées entre 12 et 16 ans, ces jeunes filles s’adonnent au commerce du sexe dans les loumas de Diaobé (département de Vélingara) et Saré Yoba (département de Kolda) pour ne citer que ces deux-là. Le phénomène a pris de l’ampleur depuis 7 ans. Et il résulte des mauvaises campagnes agricoles qui se sont succédé dans cette partie du pays. Aussi, les chefs de ménage, incapables d’assurer aux membres de leurs familles les commodités liées à l’habillement, à l’équipement, en matériels électroniques, etc. regardent, sans réagir, leurs filles mineures prendre d’assaut les différents louma dès la veille de l’événement pour s’adonner à la prostitution. C’est le cas de A.B, collégienne à Kandia. Son témoignage est poignant : ‘je suis une orpheline de père et de mère. Je m’occupe seule de mes 4 frères et sœurs. Ils doivent se nourrir, s’habiller et se soigner. Que dois-je faire ? Je n’ai pas de travail et je suis élève en classe de 4e. La seule solution qui m’est offerte, c’est la prostitution’. Et d’ajouter : ‘chaque mardi (jour de marché, Ndlr) à Diaobé, je parviens à gagner plus de 15 000 francs. Cela représente plus d’une semaine de dépense quotidienne’.
Loin des soucis de survie de A.B, F. Mb, élève au lycée de Kolda, se prostitue pour le luxe. ‘Mes camarades de classe s’habillent mieux que moi. Leurs tenues se trouvent être hors de portée des revenus de mes parents. Plusieurs fo
is, l’envie d’abandonner l’école m’a traversé l’esprit. Mais depuis que j’ai été pistonnée par une autre camarade de classe, je fréquente les loumas où la passe varie entre 2 000 et 5 000 francs. Je m’en sors avec, au moins, 30 à 40 000 francs par semaine. Je m’habille désormais comme mes camarades sans complexe. J’aide mes parents et je suis parvenue à continuer mes études’, explique-t-elle.
Dans ce marché de la chair, ce sont les villageoises qui s’adonnent le plus à ce métier. Leur mode opératoire est subtile. Sous prétexte de vendre ou acheter des marchandises, elles viennent souvent pour honorer des rendez-vous fixés avec des hommes mariés. De quoi inquiéter les agents de santé qui officient dans cette zone. Selon Assane Guèye, infirmier-chef de poste de santé de Diaobé, ‘chaque semaine, ce sont des milliers de ressortissants de la sous-région qui s’y rencontrent pour des échanges commerciaux. La seule menace, c’est que ces travailleuses de sexe clandestines risquent de propager le sida du fait qu’elles ne se protègent pas. Il n’y a aucune crainte pour les travailleuses de sexe officielles car elles font régulièrement leurs visites médicales’, selon M. Guèye. Qui souhaite que ‘les campagnes de sensibilisation soient intensifiées pour réduire le taux de propagation des Ist et du Sida’.
Cheikh DIENG
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