… Le clash
Sans pouvoir s’y opposer vraiment, les membres du groupe ont fait mine de ne pas connaître l’équation Ceddo=Hamdel et inversement. Cela leur faisait peut-être peur. Toujours est-il que c’est lui qui avait le contact facile avec ceux qu’il est bon de savoir lécher les bottes pour percer dans le milieu musical, surtout lorsque comme dans son cas on n’a pas de talent.
C’est à ce rythme que les choses évoluaient jusqu’au jour où les autres éléments de ce qu’on appelle le Ceddo que par habitude découvrirent que la star (c’est juste pour rire) de l’orchestre est en train de répéter en cachette avec d’autres instrumentistes. Mis le dos au mur il se rebiffa et claqua la porte du groupe.
D’aucuns ont dit que c’est parce que le répertoire que Ngala avait au sein du Ceddo est en passe de s’épuiser. Est-ce qu’il est aussi pervers que ça Hamdel ? Non, vous croyez ?! Calculateur froid et arriviste on le lui reconnaît mais ... bref passons !
En tout état de cause, un des membres du groupe a appelé Ngala en Italie, où il a élu domicile depuis plus de six ans, pour qu’il revienne au Sénégal. L’idée étant d’organiser une conférence de presse et jeter Hamdel en pâture aux médias. Il fallait que tout le monde apprît que Hamdel était un usurpateur qui ne faisait rien d’autre qu’interpréter des chansons qui ne lui appartiennent pas plus qu’elles ne sont la propriété des Mamelles de Ngor, et encore. Ngala opposa un refus aussi lapidaire que celui qu’il réservait à ceux qui, excédés par l’imposture de Hamdel, allaient lui
re visite exprès lorsqu’ils passaient par l’Italie pour lui demander, munis des cassettes sorties par le Ceddo, de réagir par rapport à l’inadmissible et réclamer son dû. Il dit à celui qui avait eu le culot de l’appeler que " jamais je n’ai pu avoir un quelconque geste en représailles de ce que vous faisiez avec mes oeuvres par considération pour ta personne. Toi et moi c’est depuis l’école primaire et tu n’es pas sans savoir que l’amitié est sacrée pour moi. N’eût été les relations qui sont les nôtres jamais je n’aurais laissé le Ceddo, et Hamdel en tête, faire ce qu’il veut de mes créations pendant dix longues années. Je refuse d’être instrumentalisé pour servir vos desseins revanchards. Je ne serai pas une arme entre vos mains pour porter l’estocade à Hamdel [...]".
Quel avenir pour le Ceddo ? Il est bon de se poser la question au sujet d’un groupe qui a perdu non seulement celui qui l’a symbolisé pendant des années, même si c’était par une démarche tortueuse, mais surtout son âme. Le Ceddo n’est depuis longtemps que sa propre parodie. Cette formation musicale aurait dû jouer les premiers rôles si la vision prospective de Ngala avait été capitalisée et mise à profit par l’orchestre, avec lui comme structure intelligente et cheville ouvrière. Le Missal a eu cette opportunité mais ne l’a pas gérée faute de maturité. Dans cette affaire c’est la musique sé
négalaise qui est la grande perdante. Pour en revenir au Ceddo, est-ce qu’on est fondé à dire que c’est la rançon de la traîtrise ? Je ne le leur souhaite pas parce que dans la tradition africaine comme dans la religion l’ingratitude dont le groupe s’est rendu coupable, avec comme maître d’oeuvre Hamdel, est assimilable à la mécréance.
Le Ceddo aura du mal à se relancer, à moins d’une profonde introspection. Mais ont-ils les capacités pour procéder à une refonte de cet acabit ? Rien de moins sûr. Il faudra bien passer par là s’ils veulent avoir le lustre qui leur était prédit. C’est le prix à payer pour que les fruits tiennent la promesse des premières fleurs. Pour le moment les critiques les plus constructives font état d’un groupe sans projet et donc sans avenir.
Et Ngala dans tout ça ? Il continue son bonhomme de chemin à travers le vieux continent et l’Amérique où il est invité à des plateaux qui feraient tourner la tête à l’élite musicale sénégalaise. Il est même consulté par des institutions intervenant dans le milieu culturel. Il lui arrive souvent d’être dépêché par des structures aux fins de détection et de sélection de talents prometteurs en Afrique (à l’occasion du Masa en l’occurrence). Son dernier coup a été de se voir désigné « Artiste le plus innovant » lors des journées théâtrales de Carthage (du 30 novembre au 8 décembre) dans cette discipline qui n’est pas la sienne : le théâtre. Il faut avouer qu’il intervient de plus en plus dans des films où on a besoin de chanteur à fort potentiel mais aussi d’instinct.
Hamdel ?! La rumeur dit qu’il a un "oncle bienfaiteur" qui est revenu des USA avec beaucoup d’argent. Est-ce ce mécène qui lui aurait recommandé de fuir la presse pour ne pas essuyer les foudres de ceux qui veulent que la vérité apparaisse au grand jour ? Il reste avéré qu’il a disparu des écrans de télévision et des stations radio ; pour préparer son " come back" comme dirait le sens commun. En tout cas, moi, il m’a été donné de le croiser sur son scooter au vent, avec sa même tête de déséquilibré, sa gueule encombrée par une langue trop épaisse qui lui sert de gagne-pain et son derrière... en l’air.
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