Source : Icône magazine.
De la passion à la profession
Ameth Aïdara est devenu en moins d’un an, sans doute, le « reviewer » de presse wolof le plus écouté du pays. Dans le sillage des Abdoulaye Cissé, Pape Alé Niang, ces journalistes devenus célèbres grâce à leur style revue de presse (RP), l’enfant jovial de Guédiawaye est devenu, à force de persévérance et de conviction, celui dont on ne peut plus se passer de ses RP. Et ce, grâce à sa facilité à manier la langue de Kocc Barma et surtout grâce à la bonne dose humoristique qui assaisonne ses RP. Comme à son habitude, le Monsieur RP de la RFM n’a pas manqué, tout au long de l’entretien qui suit, de nous faire marrer sans répit.
Qui est Ameth Aïdara ?
Je suis né à Médina Sabakh le 2 janvier 1980 dans la région de Kaolack. Mais ma famille s’est installée à Dakar et plus précisément à Guédiawaye quand j’avais l’âge de 1 an. Ce qui veut donc dire que je ne connais que Guédiawaye. Je suis marié en 2006 à une femme avec qui
je partage la même profession et le même service. J’ai fait mon cursus scolaire primaire à l’école 17 B. Après, en 1995, je suis allé au Cem Serigne Cheikh Anta Mbacké ex Cem Canada avant d’entrer au lycée Limamoulaye en 99. Entre 2001 et 2003, j’étais au service civique national. Mais quand je me suis retiré de l’école, j’avais une seule et unique passion : la presse. Et il m’arrivait de jouer au journaliste jusqu’à ce qu’un jour un technicien du nom de Chérif Diop qui était à la RFM me contacta pour me dire que le doyen Abdoulaye Diaw voulait un
nt sportif au niveau de la banlieue. C’était en 2004 au tout début de la RFM qui venait de naître des cendres de Sports FM. Mon premier reportage fut le match
Guédiawaye Football Club contre Etics. Et de fil en aiguille, mes correspondances passaient dans l’émission "En direct des stades". Et un jour, le rédacteur en chef de la radio Oxyjeunes de Pikine me demanda si j’étais employé de la RFM. Je lui fis savoir que non, je
faisais ce métier parce que c’est ma passion. C’est alors qu’il m’a proposé de venir à Oxyjeunes puisque leurs partenaires octroient des bourses de formation. Et je suis resté là-bas jusqu’au jour où je me suis évertué à présenter les brèves à la place de quelqu’un. Une sorte de test réussi puisque j’ai commencé par la suite à présenter les grandes éditions de journal parlé. Faisant le boulot comme on le voulait, je passais à la revue de presse. Et après onze mois au sein de la radio de Pikine, je rejoignis Disso Fm de Touba (ndlr : aujourd’hui à Mbacké). Après huit mois, je retournai à Oxyjeunes durant une période de six mois avant de me retrouver à Sénégal Tv qui diffuse sur le net. Là, j’exerçais encore à la RP en vidéo. C’est là que la RFM m’a découvert une seconde fois avant que le directeur ne décidât de s’attacher mes services le 15 janvier 2007. Voilà succinctement le sinueux parcours qui m’a mené
dans ce métier que j’exerce aujourd’hui avec la même passion du début.
Qui ou qu’est-ce qui t’a inspiré à te spécialiser en RP ?
En 2004, je prenais des coupures de vieux journaux et je m’exerçais à la revue de presse chez moi en français et en wolof en imitant Abdoulaye Cissé alors incontestablement Monsieur RP N°1. Ce qui faisait marrer mes proches. D’ailleurs à Oxyjeunes, on me faisait savoir que je devais changer de style parce que je m’identifiais trop à Abdoulaye Cissé. Pape Ngagne Ndiaye, avec son wolof impec, m’a aussi beaucoup marqué dans sa manière de rimer, lors de ses RP, ses propos à l’instar des rappeurs. D’ailleurs, il n’hésitait pas de venir à Oxyjeunes pour me suggérer d’élaguer de ma RP tous ces mots français
qui ont leur signification dans la langue de Kocc. Pape Alé Niang, autre géant de la RP, me téléphone constamment pour me donner des conseils sur la manière de bien conduire une RP. De mon côté, je maintiens le contact avec eux et je sollicite constamment leur avis sur ce que je fais parce qu’ils ont plus d’expérience que moi dans le métier et je serai toujours humble pour m’abreuver aux sources qu’ils constituent.
Certains disent que tu les déranges dans ta RP. Qu’en est-il exactement ?
C’est vrai que certains, surtout les politiciens, disent que je dérange, je dérape, je déraille dans ma façon de présenter la RP. Cela se comprend. Mais ce qu’il faut savoir, c’est que moi, je ne parle pas de choses qui ne se trouvent pas dans les journaux. Et de surcroît, je parle de choses qui intéressent plutôt le peuple que seulement une personne, un clan, une coterie ou mes amis. Récemment, dans une émission interactive d’une radio de la place, un vieux n’a pas manqué
de dire que je mérite la géhenne parce que je déteste Abdoulaye Wade. Mais ce qu’il faut comprendre, c’est qu’aujourd’hui je me trouve dans une barque moi, ma femme, mon enfant et tous les Sénégalais. Barque à la tête de laquelle nous avons un capitaine nommé Abdoulaye Wade. Si je lui souhaite un malheur lors de la traversée, c’est parce que je souhaite ipso facto le naufrage collectif pour tous ceux-là qui sont embarqués. Donc dans ce cas de figure, je ne peux que lui souhaiter du bien jusqu’au moment où la barque arrivera sans anicroches ou cahin-caha à destination. Et là, ce sera au terme de son mandat. Mais, cela ne m’empêche pas, comme tout autre Sénégalais d’ailleurs, d’avoir une opinion libre et objective sur la façon dont le capitaine pilote la barque. Donc me juger d’anti-Wade, c’est ne rien comprendre au
fonctionnement du métier du journalisme.
Entretien réalisé par Mark SENGHOR
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