Première du genre en France - une autre devrait prochainement ouvrir ses portes à Bordeaux - la Maison de la Francophonie de Lyon a été officiellement inaugurée mercredi 19 mars, veille de la journée internationale de la francophonie en présence de l’ancien président du Sénégal Abdou Diouf, aujourd’hui secrétaire général de la Francophonie.
Installée dans le quartier cosmopolite du troisième arrondissement de Lyon, cette Maison de la Francophonie est destinée à servir de lieu de rencontre aux diverses associations œuvrant dans ce domaine.
« Nous y organiserons aussi des expositions et des événements susceptibles de renforcer un peu plus les liens entre les communautés francophones », a également annoncé Bernard Mouillon, le président de l’association qui a en charge la gestion de cette nouvelle structure.
Laquelle correspond aux vœux du secrétaire général Abdou Diouf, puisque celui-ci ne veut pas voir « la Francophonie se résumer à des sommets de loin en loin, mais à une multitude d’actions sur le terrain, afin de promouvoir notre culture commune ». Et le secrétaire général d’ajouter : « Aussi était-il temps de voir une de ces maisons enfin ouvrir en France. Alors qu’ailleurs, et notamment dans les pays du Sud, elles se comptent déjà par dizaines ».
Lors de son discours, Abdou Diouf a en très grand diplomate jeté des piques à l’endroit de la France. « J’ai l’habitude de dire que les Français comptent au nombre des militants les moins zélés de la Francophonie ». Abdou Diouf est revenu sur une impression presque
néralement validée par la majorité des autres pays ayant en commun le partage du français. La francophonie semble être l’affaire des pays de l’ancienne Afrique Occidentale Française et Afrique Equatoriale Française.
Presque quarante ans après le traité fondateur du Niger, sous l’appellation d’Agence de coopération culturelle et technique, la Francophonie semble marquer le pas. Parce que le continent qui porte ce noble projet, l’Afrique, se sent quelque peu grugé, il y a comme un désintérêt croissant pour la langue de Molière et la civilisation qu’elle incarne.
L’Afrique a le plus grand nombre de locuteurs francophones. A ce titre, elle permet à la langue française de se revivifier, de se renouveler, d’exister hors de ses terres d’origine. Les enfants du continent ne cessent de perfuser cette langue du colonisateur devenue les soleils des indépendances sous les tropiques. Mais en retour, que gagne-t-elle pour son apport au rayonnement de cette langue et de la France ?
Cette première maison de la francophonie pourrait répondre aux souhaits des pères fondateurs et des exigences géostratégiques du moment si elle comptait dans l’effectif de son personnel des francophones originaires de l’Afrique. Le vent qui semble souffler d’en face, au pays de l’oncle Sam ne semble pas aérer les esprits des descendants de Rousseau. On en discute que sur les plateaux de télévision ou dans les émissions animées par les grands éditorialis
tes. Il est clair que la balance pèse en faveur de la France dont la promotion est faite à moindres frais. Paris, épicentre de la Francophonie, n’est pas très juste avec l’Afrique. La solidarité voulue par les pères fondateurs comme Hamani Diori, Léopold Sédar Senghor et Habib Bourguiba s’exprime très peu.
Au nom de considérations de politique intérieure, la France développe une phobie de l’étranger dont les Africains francophones sont les premières victimes. Pour Sarkozy et son équipe, la France passe avant toute autre forme de communauté linguistique internationale, fût-ce au détriment de sa propre image et de celle de son pays. Et de fait, la politique française est suicidaire pour la francophonie si elle n’accorde pas une place de choix aux relations humaines. Un phénomène de désintérêt pour la France est d’ailleurs perceptible chez les jeunes Africains dont beaucoup rêvent désormais de l’Amérique. Même ceux qui choisissent la destination Europe préfèrent d’autres pays que la France.
Tous ces jeunes adoptent bien sûr la langue et donc la culture de leurs nouveaux pays d’accueil, avec une prédominance de l’anglais. Si donc la France et le français ne font rien dans le sens d’encourager les francophones africains à rester dans leur giron et faire leur promotion, le choix est désormais clair pour les jeunes : aller vers des cieux plus cléments et adieu Molière.
Bacary GOUDIABY
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Abdou Diouf inaugure sa première maison à Lyon
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