Wade n’a pas les coudées franches. Les réalisations sur lesquelles il misait pour appâter les sénégalais n’attirent pas l’attention. Ce sont les casiers vides des supermarchés et des boutiques destinés à stocker du gaz et du riz qui créent l’émoi. La montée des prix des denrées de première nécessité inquiète, aussi. Les sénégalais ont l’impression de vivre une seconde dévaluation. Le billet de banque fièrement dressé dans un calepin n’a plus la même valeur. Il est moins utile parce qu’il règle moins de problème. Wade n’a pas les moyens de relancer son image, il se tue juste pour amoindrir les dégâts. Il lutte contre des facteurs exogènes, qu’il ne maîtrise pas. Il faut comprendre ses colères devant les bailleurs de la FAO et du G 8. Ces milliards de l’étranger qu’il préférait à une jeunesse qu’il a humiliée et trompé, il en a besoin pour faire face à la crise mais il n’en voit pas la couleur. Il en a marre des promesses parce que ça le tue, lui, le maître des promesses tropicales.
Wade n’a pas de chance diront d’aucuns. Il a fallu que cette crise tombe sur sa fin de règne. Une fin de règne qui lui donne du travail supplémentaire parce qu’il veut être l’élément exclusif de sa succession. Il se démène comme un beau diable pour laisser le pays entre les mains d’un protecteur. Pour cela, il est prêt à tout.
La prolongation du mandat présidentiel n’est certainement pas un acte isolé. Comment un Président peut être capable de déployer autant de moyens de persuasion par l’intermédiaire de ses proches, pour se pencher sur le mandat de
son successeur sans aucun intérêt ? La question mérite d’être posée et la suite nous édifiera. Mais n’attendons pas la suite pour agir. Le fait de déclarer que la loi ne sera pas rétroactive vise, apparemment, à tempérer les ardeurs. Un amendement de dernière minute, comme le prévoit beaucoup d’observateurs, peut, cependant, à tout moment, changer la donne. Il suffira dans ce cas, à l’exécutif, de tout mettre sur le dos de la séparation des pouvoirs et le tour est joué.
Le jeu favori de Wade, certains sénégalais l’ont compris. Ce sont des os qu’il lance pour divertir son monde. Plus la manœuvre est grosse plus les os sont gros. Et ça ne rassure pas quand on sait que la manœuvre vise sa succession. En passant, il compte, aussi, détourner les sénégalais des difficultés de l’heure qui lui empêchent de déployer convenablement sa stratégie, à défaut de pouvoir y apporter des solutions. Wade ne laissera pas la crise l’éliminer et enterrer ses projets de succession. C’est pourquoi il est encore plus dangereux qu’avant.
Son nouveau ministre de l’intérieur a déjà décliné ses penchants. Il sera prêt à tout pour maintenir la terreur. Les conclusions de son enquête sur l’affaire Kambel Dieng révèlent déjà qu’au Sénégal, il est permis de torturer et de tenter d’éliminer physiquement un citoyen. Les policiers ont agit « dans le respect des gestes et techniques appropriés de ce type d’intervention. » écrit-il.
D’un autre coté ce sont des sénégalais qui ont des moyens financiers mais qui ont décidé de s
auvegarder leur liberté et leur dignité qui sont pourchassés et persécutés. Bara Tall est un exemple patent. Wade essai de l’asphyxier financièrement parce qu’il n’a pas souscrit au complot visant à éliminer Idrissa Seck. Il n’aura pas une pensée aux milliers d’emplois que ce chef d’entreprise pourvoi, la volonté d’éliminer un adversaire politique de taille est plus importante à ses yeux.
Les tentatives d’intimidation ne viseront pas seulement les hommes politiques. Les patriotes qui ont décidé de faire face seront également dans le viseur de Wade. C’est pourquoi la révélation de Madiambale Diagne selon laquelle Latif risque la prison faite dans l’émission « remue-ménage » de ce dimanche 13 juillet doit être prise au sérieux. Abdou Latif Coulibaly est le journaliste qui a le plus inquiété le régime de Wade à travers ses révélations fracassantes qui ont fini par éveiller bon nombre de consciences. Il pourrait commencer par lui, pour donner l’exemple et dissuader les autres. Entre l’enclume de la crise et le marteau de la république qui exige le respect des normes, Wade a préféré utiliser une mitraillette. Son crédo : tirer sur tout ce qui constitue un obstacle pour frayer la voie à son successeur
Tant que nous ne réussirons pas à nous considérer comme un groupe d’oppressés nous n’arriverons jamais à nous libérer des chaines de la tyrannie Wadienne.
Face à la politique du « Un contre tous », il faudra opposer une stratégie du « Tous contre un. »
N’attendons pas que Latif soit sacrifié pour en parler dans nos salons et suivre l’affaire, à travers la presse qui en fera son chou gras. Continuons la lutte pour la sanction des agresseurs de Kambel. Ne baissons pas la garde. Multiplions les actes de dissuasion. Ne laissons pas Wade et ses sbires passer à une vitesse supérieure dans l’intimidation et la persécution.
Une force dissuasive regroupant tous les patriotes de ce pays, de tous les bords et de toutes les chapelles sera notre unique bouée de sauvetage.
Nous sommes tous dans le viseur, d’une manière ou d’une autre. Pensons à retenir la gâchette.
...
Fatou Diop fatouivon@yahoo.fr
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