Source : Icône magazine
Vous êtes très incisif à l’endroit des membres de l’opposition mais certainement il y en a un ou deux que vous appréciez ou qui sont vos amis. Qui sont-ils ?
Je n’ai pas de relations d’adversité basée sur la haine ou à quelque chose qui lui ressemble avec un membre de l’opposition. Parce que je connais ce que signifie opposition dans un jeu démocratique. Pour moi vraiment, il n’y a pas place à la haine, à l’adversité ou à des ruptures totales de dialogue. Avec l’opposition, je peux parler avec n’importe qui parce qu’ils savent très bien ce que je sens et ce que je pense. En tous cas, il y a beaucoup de gens à l’endroit de qui j’ai beaucoup de respect. De ceux-là, et je pense que la jeunesse sénégalaise peut s’inspirer de lui, c’est feu Pape Babacar Mbaye. Un homme de dignité, constant, qui a vécu socialiste et qui a quitté ce monde en tant que socialiste. C’est l’incarnation de la constance, de la modestie et de l’engagement jeune. Apres lui, Abdoulaye Wilane. Nous sommes de la même localité donc naturellement concurrents, mais je respecte Wilane. Pourquoi ? Vous imaginez Wilane sous le régime socialiste. Il n’a jamais été ministre ni député ni DG, ni même conseiller. Il a été un simple agent municipal à la Mairie de Dakar. Donc, il n’a absolument rien reçu de particulier du PS pour devoir se retrouver dans sa posture actuelle. J’ai vu de hauts dignitaires qui ont tout reçu des régimes de Senghor et de Diouf partir sans se gêner de dire finalement que Wade est le meilleur, même s’ils s’en
ont rendus compte un peu tardivement. Et que Wilane, lui, demeure socialiste, ne transhume pas, se contente toujours de son passeport ordinaire, de son taxi et de ses cars rapides. Il préfère affronter la vie difficilement. J’ai du respect pour lui. J’ai beaucoup de respect également pour Tidiane Niasse (fils de Moustapha Niasse, ndlr). Il fait de la politique, il l’assume. Il se confond à la population de Keur Madiabel même si certains n’épousent pas forcément les mêmes idées ou ne militent pas dans le parti de son père. Il s’engage sur le terrain politique. Celui-là aussi, je le respecte.
Comment le journaliste apprécie les rapports entre la presse et le pouvoir ?
Un grand penseur (Jefferson, ndlr) disait : s’il devait choisir entre un Etat sans presse et une presse sans Etat, il allait choisir fondamentalement une presse sans Etat. Seulement, pour vous dire qu’on ne saurait avoir un Etat démocratique, un Etat normal sans presse. On doit respect et considération à la presse. Si on reproche à certains journalistes de ne pas être très bien formés, il faut que l’Etat fasse tout pour qu’ils soient bien formés. Si on reproche aux groupes de presse d’entrer dans un jeu d’affairismes, il faut qu’on aide ces groupes de presse à être autonomes, il faut qu’on sache que la presse n’a pas pour rôle de devenir l’agent de propagande de l’Etat ni de démonter les actions positives de l’Etat, mais d’informer parce que l
’information est sacrée. Maintenant, mon problème, c’est qu’on s’en prend trop parfois injustement aux journalistes, je l’ai dit avec insistance. Ceci étant, je dis que l’aide à la presse doit être réformée. On doit réformer le statut du journaliste, mais aussi celui de l’homme politique. Un homme qui n’est pas bien formé, qui a à peine le baccalauréat, qui devient ministre, qui prend des décisions qui peuvent avoir une influence sur des milliards est dix mille fois plus dangereux que quelqu’un qui a le bac et qui prend la plume pour écrire des papiers. Non, très honnêtement, moi, je suis de ceux-là qui pensent qu’on ne doit pas les accabler. En tout cas, je ne porte pas plainte contre un journaliste, je ne fais pas de démentis, je ne fais pas de précision parce que ça n’honore nullement pas un homme politique d’envoyer un journaliste, même s’il a raison, en prison pour lui faire payer des amendes. Ça ne l’honore pas !
Interview réalisée par Mansour Dieng, Salif Samb, Mark Senghor et Tapha Lô
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